Le journal champêtre d'Édith Holden, Blume-Chêne Édition. 1980

Voici un beau livre qu'elle s'est offert l'année de son mariage !
La présentation de l'éditeur était plus que alléchante pour quelqu'un qui aime la belle ouvrage, les oiseaux du ciel et tout ce qui croît ou vrombit alentour :

"Il s'agit de la reproduction en fac-similé du journal de 1906 d'une jeune naturaliste, Édith Holden, qui nous décrit et dépeint la flore et la faune de la campagne anglaise au fil des saisons.
Cet almanach présente les réflexions d'Édith Holden, ses poèmes favoris, ses observations sur la nature telle qu'elle la voit autour de son habitation du Warwickshire et lors d'un voyage à travers l'Écosse et l'Angleterre, ainsi que de superbes aquarelles qui reflètent son amour profond de la nature."

Pourtant ce livre l'a souvent laissée sur sa faim. Elle aurait aimé le lire et gouter les poèmes, mois après mois, saison après saison. Elle aurait aimé se régaler de menues anecdotes survenues dans la nature et s'attacher vraiment au personnage d'Édith, la naturaliste.

Au lieu de cela l'ouvrage a été maintes fois ouvert, parcouru et reposé sur l'étagère de la bibliothèque. Les poèmes, traduits de l'anglais, offrent un lyrisme désuet, où il est difficile de trouver le souffle frémissant qu'on aurait envie de retenir au fond de soi. Tout au plus, se dit-on : C'est joli ! en restant à distance.
Pour ce qui est des annotations au jour le jour, l'idée parait séduisante, mais il faut avouer qu'une certaine lassitude gagne celui qui n'a pas marché avec la dame et contemplé les mêmes chatons pendus aux branches, un doux d'après-midi d'hiver, pour celle qui n'a pas aperçu le "superbe couple de bouvreuils dans un buisson d'aubépine", ou "les deux vipères vivantes capturées sur la lande". D'autant plus que la naturaliste saute souvent du crapaud aux jonquilles, ou des musaraignes au chant de l'alouette, sans approfondir ou livrer ses sentiments personnels !


Malgré tout, ce "Journal champêtre" reste attachant, profondément. Pas uniquement parce que, des aquarelles aux élégantes calligraphies, de la qualité du papier à la présentation de chaque page, c'est un bel objet. Attachant parce qu'il donne envie ... Envie tout d'abord de le prendre et de le feuilleter quelques instants, librement, comme une bouffée de poésie. Envie ensuite de se rendre plus attentif aux couleurs de l'écharpe du ciel, à la joie d'une longue balade en vélo, aux sentiers parfumés non loin de chez soi ou à la particularité d'un rouge-gorge au plumage gris argenté. Envie, enfin et surtout, de s'impliquer personnellement.
Plusieurs fois, en parcourant cet almanach rempli d'une écriture dense et soignée, l'idée est venue à Lily de tenir, de la même façon, un journal de la nature. Son journal de son propre coin de nature ! Car l'intérêt et finalement la richesse de ce livre sont certainement là, nichées au fond de soi : faire éclore l'envie de devenir créatif dans son amour des oiseaux, des couleurs champêtres et du temps. Afin de transmettre, afin de donner envie à son tour ... En l'exprimant d'une autre façon, naturellement ! Oui, à sa façon et à celle de son siècle !
Il est des trésors qui demeurent longtemps enfermés dans leur coffre. Il est des richesses que l'on ne laisse s'épanouir qu'avec le Temps.

Beau et clair à la Chandeleur
L'hiver garde sa rigueur,
Mais s'il neige et fait du vent
En route est déjà le printemps. *

* Poème et dicton récoltés par Édith, elle-même.