“Les promeneurs du chemin poétique ont eu une surprise. Désagréable, disons-le comme cela. Un poème a disparu de son support. Une autre balise poétique a, elle, été arrachée du sol et vraisemblablement jetée à la rivière, toute proche. Les poètes que l’on pouvait lire sur ces deux balises s’appellent Maram al Masri et Salah al Hamdani. Les dix autres poèmes et balises du parcours sont intacts.
Voilà.
Je m’interroge sur les raisons qui ont amené une ou des personnes à faire ces gestes. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’elles ont peut-être quelque chose à voir avec la tendance au rejet, à la xénophobie, au refus voire à la haine de l’autre, surtout quand il vient d’ailleurs. Et ma volonté est grande de contrecarrer cette
négation de l’être.”

Alain Boudet (fondateur des associations Donner à Voir et Les Amis des Printemps Poétiques)

Maram Al-Masri, poète syrienne, vit en France depuis une trentaine d’années. Elle écrit en arabe et en français. Salah Al-Hamdani, poète et homme de théâtre d’origine irakienne, vit lui aussi en France depuis la même époque.

Voici un poème inédit pour le Printemps des poètes 2012 sur le thème “Enfances” :

Une entrée très sensible
dans la poésie de Maram Al-Masri,
grande voix féminine du moyen orient.

Petit cheval

Sur une étagère poussiéreuse
Avec plein d’autres objets abandonnés
Un petit cheval me regarde
Comme s’il me demandait de le prendre dans mes bras
Mais que faire de lui ?
J’ai haussé mes épaules
Et je suis partie en galopant



Le temps passe sur
l’étagère de la boutique du monde
et les poussières aussi
Un hennissement sort du capharnaüm
Le cheval que j’ai vu jadis
est toujours là ;
Il m’attend, me suis-je dit
Comment le décevoir
Il est cher pour ma bourse et je n’ai pas de place
Mais cette fois en partant
nous avons galopé ensemble

amazone-cécile-tarel-cadreChe­val en bronze, 42 cm, de Cé­cile Tarel

3
Bras dessus bras dessous
J’ai amené un cheval dans mon royaume
Je l’ai bien astiqué pour lui ôter sa solitude
Et ses peurs
Sur sa patte gauche une blessure
Et dans le cœur un trou
J’ai remarqué combien le temps l’avait mal traité
J’ai bien soigné ses bobos
Qui t’a fait ça ?
Il a baissé les yeux et a commencé
à se balancer
Chez moi tu seras roi, lui ai-je promis
et près du lit je l’ai fait dormir
je ne voulais pas lui donner de mauvaises habitudes
comme on fait avec les hommes, les chiens et les chats
j’étais obligée


4
Ce matin, mon cheval me demande de sortir
il me dit que ma chambre
est tout petite pour galoper
il a besoin des champs
des montagnes
des arbres
de l’odeur de la liberté

Ô petit cheval de bois
fais comme moi
rêve !

5
arrête de me regarder
avec tes yeux doux !
dois-je croire que tu me vois ?

arrête de me parler

je ne comprends pas la langue des chevaux

arrête de me donner des coup de pieds

tu veux peut-être
que je t’embrasse ?


Ô ! petit cheval de bois

penses-tu que mon baiser
te transformera

en prince ?

cheval de bois ?

ton visage pourtant
me sourit.



Maram Al Masri (Printemps des Poètes 2012)