concert_dans_l_oeuf
“Le concert dans l’oeuf” XVe siècle - Lille, Palais des Beaux-Arts

Observons la scène de plus près : Occupant les trois quarts de la toile, une énorme coquille d’œuf cassée et trouée à maints endroits qui ferait bien penser à une embarcation si elle n’était  posée à même le sol. A l’intérieur, tassés les uns contre les autres, des religieux, des musiciens, des chanteurs, occupés à suivre une partition écrite dans un livre à tranche dorée.

Tout à leur chant, mais sans grâce, sans joie et tournant le dos à l’homme à la baguette, les personnages semblent ignorer ce qui les entoure : le voleur tranchant le cordon de la bourse du moine, les arbres morts auxquels sont accrochés  panier de victuailles et jarre de vin, et même les drôles d’oiseaux, le pigeonnier ou l’entonnoir posés sur leurs têtes ! A l’écart, bien que dans l’œuf, un âne coiffé, accompagne ce petit monde à la vielle, tandis qu’un singe joue de la flûte. Cocasse, non ?!

Sous la coquille, à  droite, une espèce de savate sert à la fois de cale et de lieu de réception pour de petits personnages grotesques rassemblés autour d’une montre.  A gauche, un cratère laisse jaillir un feu inquiétant; qu’importe, ce feu a permis de cuire le poisson posé sur un grill  que convoite un chat et une main énigmatique sortie de  l’œuf ! Pour finir, une petite tortue, symbole de longévité et peut-être d’archaïsme, semble maintenir l’œuf en équilibre … Enfin, tout ça, c’est burlesque, jouissif et comme dans toute peinture médiévale, très chargé de symboles à commencer par l’œuf. Souvenez-vous de la citation de Chag Heng : “Le ciel est un œuf, la terre en est le jaune.”

Précisément, dans cet oeuf-là, pas de jaune ou de blanc, mais une coquille vide de sa substance ! Une embarcation incapable de prendre la mer ! Et des occupants aux allures naïves, grimaçantes ou un peu stupides !!! Que chantent-ils donc avec si peu d’enthousiasme et de grâce ? Un chant d’Église ?… Que nenni ! Il s’agit d’une chanson paillarde en vogue un siècle après Bosch, du temps justement de Brughel le jeune.

Sans entrer dans les diverses hypothèses pour expliquer cette “farce”, ce pied de nez aux esprits bien pensants, on peut supposer à juste titre que le fait de chanter une “bonne paillarde” aurait du provoquer des mines autrement réjouies que celles que l’on constate. Mais là est peut-être l’explication du tableau … Tout y est trompeur et faux !!! Les personnages sont “ailleurs”, chacun dans ses vicissitudes intérieures. Et la vie ensemble devient un espèce de spectacle “foireux” chargé de nous faire rire jaune et de nous interroger … Hum, les arbres, quant à eux, sont devenus tout secs et rabougris.

Alors ? Critique d’institutions, de courants de pensées en vogue au XVe siècle, certainement, mais pas que cela. C’est la fausseté développée au cœur de chacun qui est en cause. Et Lily de citer une phrase du n°2 de la “Collection d’arts” de Ouest-France consacré à la peinture du Nord (p17):
“Dans ces œuvres énigmatiques, Bosch mélange culture chrétienne, démonologie médiévale et folklore populaire pour mettre en scène les péchés et la folie des hommes.
Diablement moderne, Bosch a fasciné les surréalistes comme Dali et certains psychanalystes comme Jung qui voient en lui l’inventeur de l’inconscient.”