Nous nous sommes retrouvées à trois pas du Quai, grand vaisseau des Arts Contemporains en bord de Maine. Et, face au château avec ses imposantes tours et son logis du gouverneur, sur un banc près de la rivière, nous avons taillé une bonne bavette. Un peu comme si nous reprenions la conversation interrompue en août dernier. Confiance et douceur !

Cale Savatte

Puis nous avons marché jusqu'à la rue Beaurepaire, faisant halte à la fameuse "Table Ronde", pour nous régaler de galettes et de crêpes aux caramels. Hum, tout était fin et délicieux, fondant sous le palais, doux en gorge. Et nous aurions pu passer des heures à échanger comme femmes à la fontaine, détendues et heureuses.

Mais le temps… Ah, le temps passe, comme c'est frustrant, alors nous avons mis les rues sous nos pas jusqu'au Musée des Beaux-Arts. Ciel clément. Masyl, mon amie découverte via nos blogs respectifs il y a cinq ans, a proposé que nous traversions le pont de Verdun pour monter au quartier des musées par une promenade arborée et fleurie.

Ensuite, durant une heure et demie, comme des chats gourmands, nous avons arpenté les salles du musée, léchant longuement certaines toiles, glissant à côté de d'autres, à deux doigts parfois de nous incruster dans quelques tableaux : le Vieux pont sur la Maine, le Paysage avec chasseurs et village de Joris von der Haggen, les natures mortes de Chardin ou encore des scènes italiennes de Turpin de Crissé ou de Charles Bodinier. Le temps avait suspendu son vol. Nous étions bien.
Mais les corbeaux (en plastique) de Daniel Tremblay nous ont ramenées à la réalité. En picorant les petits clous qui constituaient les contours de deux silhouettes, ils nous ont signifié que… Ah, mais je ne vais pas me répéter.

A l'extérieur, comme une surprise après le dessert, les chefs-d’œuvre que nous venions d'admirer avaient envahi les jardins et la place St Eloi. "Oh, j'adore !" s'est exclamée mon amie blogueuse. En effet, anniversaire des musées oblige, une superbe installation permettait depuis une semaine de revoir de nombreux tableaux en situation. A la fenêtre, au pied d'un arbre, sous des arcades… Extrêmement bien vu !

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"Céphale et Proscris" d'après le tableau de Fragonnard (en cliquant vous pouvez voir le tableau). L'amant malheureux vient, à la chasse, de tuer sa belle. Avant qu'elle ne meure, il lui plante une flèche d'amour sous son sein aussi délicat que voluptueux. Touchant, non ?!

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"La déclaration attendue" d'après le tableau de Watteau. Voyez l'homme au bouquet, tout entortillé dans sa gêne et sa timidité, alors que la femme semble dire : "Je t'attends mon mignon ! Ce sera pour aujourd'hui ou pour demain ?"

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Temple-retrouvailles

Sous une arcade du cloître : "Les retrouvailles de Jésus au temple" d'après le tableau de Philippe de Champaigne, (photo de Masyl). Le bleu vibrant des manteaux a été obtenu à partir de lapis-lazuli. Incroyablement intense après plusieurs siècles !

Dans le grand hall du Quai, très accueillant, nous avons vécu un autre moment de bonheur (je ne vais quand même pas tout raconter, hé, hé !) avant de nous quitter sous un ciel gris ardoise, comme il se doit en Anjou.

Plus tard, assise sur mon lit, j'ai ouvert un des romans offert par Masyl : "Grand Maître" de Jim Harrison. Il paraît que c'est de l'humour caustique. Ce soir-là, je suis tombée sur un joli passage :

"En partant, il remarqua qu'il ressentait toujours une délicieuse impression de liberté qui lui rappela son enfance, quand le dernier jour d'école éveillait en lui une authentique frénésie de bonheur. Il ne pouvait pas avoir plus de huit ans quand il s'était mis à camper avec deux amis, mais c'était à une époque où les parents couvaient beaucoup moins les enfants qu'aujourd'hui. Ils emportaient quelques canettes de bière, un poêlon, du sel et du poivre, une miche de pain et un petit pot pour bébé rempli de graisse  de bacon pour y faire frire les poissons qu'ils pêcheraient."

Bon, je devine que Harrison ne fait pas juste dans l'enfance et la poésie ! Ce sera une découverte pour moi. Merci la belle et… à l'été 2015 !